Les vertus de la désobéissance

April 5, 2016

 

Chers lecteurs, chères lectrices,

 

Voici un texte de Françoise Henaff que je vous invite grandement à lire.

 

Bonne lecture !

O. Peyron

 
 
 
Il y a quelque temps, ma fille enseignante me parlait d'un élève au comportement effacé et relativement passif. Elle me dit : « Ah ! Enfin, il a désobéi, il est vivant ! »
Voilà une enseignante qui se réjouit de voir un enfant bousculer le cadre de la classe. Enfin, cet élève sort de sa réserve et montre qu'il existe. Bien sûr, dans son rôle d'éducatrice, elle n'a pas manqué de lui rappeler les règles de la classe mais elle a accueilli cet acte de désobéissance comme un progrès chez cet enfant.
La désobéissance, voilà alors un mot qui retentit et chemine chez moi, et me questionne.
Les mythes et les contes nous proposent des modèles de désobéissance. Le premier qui me vient à l'esprit, c'est Adam et Ève qui désobéissent à leur créateur et sont punis en étant exclus du jardin paradisiaque. Antigone, dans la pièce de Sophocle, désobéit au roi Créon et enterre son frère. Blanquette, la petite chèvre de Monsieur Seguin, s'échappe du clos où elle est enfermée et goûte les joies de la liberté. Quand elle entend la trompe, elle désobéit et ne rentre pas. Elle est dévorée par le loup.
Ici, la désobéissance se paie par l'exclusion du jardin paradisiaque ou par la mort.
Boucle d'or, mue par une grande curiosité, se rend dans la maison des trois ours malgré les recommandations de sa mère : « Boucle d’or, lui avait dit sa maman, ne t’en va jamais seule au bois. On ne sait pas ce qui peut arriver dans le bois à une toute petite fille. ». Sa désobéissance lui valut une grande frayeur.
Cendrillon, aidée de sa marraine la fée, désobéit à sa marâtre et se rend au bal. Peau d'Âne, aidée elle aussi par sa marraine, désobéit à son père et se sauve du logis familial.
Si, dans la mythologie ou dans les écrits bibliques, la désobéissance est punie d'exclusion et de mort, dans les contes, suivant les différentes versions, la sanction va de la mort du protagoniste à une sentence beaucoup plus légère, voire inexistante. Souvent même, la désobéissance amène à échapper à des situations dramatiques : pour Peau d'Âne, à l'inceste, pour Cendrillon, à sa condition d'esclave ménagère et pour l'épouse de Barbe Bleue, à une mort certaine.
Si désobéir, dans certains épisodes de la vie, correspond à mettre sa vie en péril, certaines fois, cela permet au contraire de survivre et d'échapper à des situations pour le moins scabreuses. Je pense ici entre autres à la désobéissance civique, aux résistants de la deuxième Guerre Mondiale face au gouvernement de Vichy.
Mais qu'en est-il quand nous accompagnons en relation d'aide ou en relation thérapeutique des enfants, adolescents, adultes en phase de rébellion face à une autorité ? Devons-nous prendre le rôle de la Marraine des contes et faciliter cette désobéissance ?
Je me souviens d'avoir accompagné en relation d'aide un adolescent dont l'objectif était de retrouver de l'énergie pour se "motiver". Au bout de quelques séances, il me fait part de son projet : partir en vacances pendant une semaine avec des copains en Italie. Nous regardons ensemble le réalisme de son intention (financement, hébergement, transports). Il est mineur au moment de l'organisation, l'autorisation de ses parents est indispensable. À la séance suivante, il m'apprend que ses parents ne veulent pas entendre parler de ce voyage, ce n'est pas une question matérielle mais ils s'y opposent, un point c'est tout !
Comment encourager et soutenir la motivation à agir de ce garçon dans un contexte où l'autorité parentale est non flexible sur un projet où il a investi de l'énergie, du temps ?
Cette question me fait penser au film au film Le Cercle des poètes disparus. M. Keating, professeur de lettres débutant, arrive dans un collège du Vermont où le système éducatif est autoritaire et conformiste. Il va mettre à jour les rêves de liberté de chacun des élèves dans ce contexte restrictif. Mais c'est sans compter sur la force du système établi aussi bien dans le collège que dans le milieu familial. Le drame survient, un élève se suicide.
Quelle responsabilité avons-nous dans une relation d'influence telle que celle des professeurs, des consultants, des thérapeutes lorsque vient chez nos clients l'envie de transgresser un ordre émanant d'une autorité ?
Quand je pense à la simple désobéissance qui consiste à ne pas faire ce que l'on nous demande, comme l'enfant de trois ans qui cherche à affirmer son identité, et quand je pense à la révolte de la conscience face à l’ordre trouvé injuste ou dangereux, il me vient deux questions :
Et si désobéir, c'était grandir ? Expérimenter, se tromper, ou au contraire valider ses intuitions ?
Et si désobéir, c'était obéir à soi-même ? Être en contact avec son soi profond ?Et vous, qu'en pensez-vous ?
 
Françoise HENAFF
PTSTA-E
Villebon sur Yvette
France

 

 

 

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